Société française de psychohistoire
Pourquoi la psychohistoire ?
Accueil

 

Les travaux de pionnier effectués par Lloyd deMause aux USA constituent le socle sur lequel s’est édifiée la société internationale de psychohistoire. Pour lui, l’éducation, la pédagogie et les traumas subis pendant l'enfance ont des conséquences majeures non seulement pour le devenir de l’enfant concerné mais pour l’ensemble de la société. Ses travaux le démontrent de façon exemplaire (par exemple dans son livre « The emotional life of nations »). Néanmoins, sa théorie évolutionniste de l’histoire fait l'objet de contoverses et de vifs débats au sein même des sociétés de psychohistoire, et à laquelle je ne souscris pas.

Dans un texte inédit en français, le  psychanalyste américain, Heinz Kohut estimait quant à lui que « la psychanalyse doit trouver de nouvelles approches pour expliquer de façon plus compréhensible les phénomènes historiques, ce qui pourra permettre à l’être humain de mieux maîtriser sa destinée historique. » Il pense que « l’étude des processus et de la dynamique des événements  historiques » est plus importante que l’étude de personnages historiques. Pour cela, il envisage l’étude psychanalytique des groupes, plus ou moins grands : il s’agit d’examiner « leur formation, leur cohésion, leur fragmentation (…), les circonstances qui favorisent leur formation, la nature du ciment psychologique qui les fait tenir ensemble, le contexte psychologique qui favorise l’émergence d’un comportement régressif ou l’effondrement du groupe.» 1)

Sans se référer expressément à la psychologie du soi élaborée par Heinz Kohut,  les recherches sur les groupes et  la psychanalyse de groupe connaissent justement  un bel essor en France depuis les années 1970, avec les travaux des psychanalystes Didier Anzieu et  René Kaës. Tout en intégrant les travaux du psychanalyste britannique Wilfred Ruprecht Bion et  la théorie de l’attachement de John Bowlby, ils  élaborent les concepts d’illusion groupale, d’enveloppe groupale et d’appareil psychique groupal, apports féconds pour l’étude des groupes par la psychanalyse, mais qui peuvent devenir des outils conceptuels importants pour toute approche psychohistorique. Ils soulignent comment l’illusion groupale et le rapport de l’individu au groupe est d’abord vécu au niveau pré-oedipien pour ensuite pouvoir  évoluer vers des formes plus matures.

Le psychanalyste américain Vamik Volkan reconnaît les travaux d’Anzieu et de son école, tout en faisant remarquer qu’ils n’abordent pas la question des relations entre grands groupes (clans, ethnies, nations…) ni de l’identité des groupes en tant que tels. C’est à partir de cette approche novatrice qu’il développe les concepts de « trauma choisi », de « gloires choisies », d’ »effondrement du temps ». Ces concepts, ainsi que les  notions  de dépôt de parties non intégrées de soi, positives ou négatives, dans des réceptacles communs à l’environnement culturel, contribuent à l’analyse de l’identité de grand groupe telle que la définit Vamik Volkan, dont les travaux, traduits dans le monde entier, ne sont pas encore connus du public français. 

En Europe, l’association allemande de psychohistoire et de psychologie politique, qui débuta avec les travaux pionniers de Lloyd deMause se réfère plus largement à la psychanalyse, et en particulier aux théories de la relation d’objet (Winnicott,  Klein, Fairbairn,.…), à la théorie de l’attachement (John Bowlby) et à la psychanalyse relationnelle (Stephen A. Mitchell, R. Bianchi) Depuis plusieurs années, une coopération fructueuse s’est instaurée entre la société française de psychohistoire et la société allemande, sur la base de cet éventail de  références communes. Un colloque annuel lors duquel les travaux d’intervenants de différentes disciplines sont présentés donne lieu à la publication des annales de recherches psychohistoriques (Jahrbuch für psychohistorische Forschung, Mattes Verlag).

Quelles que soient leurs références théoriques, les travaux de ces sociétés de psychohistoire souhaitent contribuer à la réflexion sur la vie contemporaine, pour la prévention de la formation potentiellement dévastatrice de représentations de l'autre issues de projections inconscientes et des violences qui peuvent en découler. Il s'agit aussi de mettre l'accent sur les valeurs de solidarité et de coopération, et ainsi de contribuer à trouver des solutions créatives à nos problèmes et nos conflits.        

Brigitte Demeure

DEA d'histoire (Lyon II), Doctorante en histoire (dir. Françoise Thébaud et Jacques Guilhaumou)

Master LEA Négociations culturelles (Université de Chambéry) - Traductrice (allemand-anglais)

Conseillère (bénévole) de la SACOM ("Students and Scholars Against Corporate Misbehaviour", association de Défense des Droits de l'Homme, basée à Hong-Kong) http://sacom.hk/

Membre de l'A2IP et du conseil scientifique de l'A2IP.


1) Heinz Kohut, Self Psychology and the Humanities, Reflections on a new psychoanalytic approach, W.W. Norton and Company, New-York, 1985, p. 206 Ici traduction B. Demeure

 

Société
Articles
Liens et bibliographie
Evenements
Contact
Légal